Ça vous dirait de bifurquer ?

Posted By Myriam / 17 novembre 2020 / 0 Commentaires

Nous vivons décidément une drôle d’époque…

Le terme d’anthropocène a été proposé pour qualifier le moment à partir duquel l’influence des activités humaines a une une incidence significative sur l’écosystème terrestre. Dans cette ère, nous serions aujourd’hui au stade de la « grande accélération » de cette influence humaine, accélération qui mène à une destruction. Bernard Stiegler caractérisait l’anthropocène d’entropocène en ce sens que nos activités génèrent de l’entropie : une augmentation du désordre qui conduit à la destruction. C’est pourquoi nous faisons face selon ses termes à l’absolue nécessité d’une bifurcation néguentropique, une créativité généralisée productrice d’activités contributives non toxiques tant économiquement qu’écologiquement et psychiquement.

Le livre « Bifurquer « , coécrit par le collectif Internation sous la direction de Steigler, propose de nombreux éclairages des enjeux comme de pistes de solutions et j’ai été sensible à la place prépondérante qu’occupent les réflexions sur le travail. Ces analyses à grande échelle de la bascule du travail en emploi, de l’ouvrage (work) en labeur (labour) qui se vide de sens en s’appauvrissant de la production de savoirs, a rejoint mon expérience d’accompagnement de personnes en souffrance au travail ou en quête de construction d’un projet professionnel sensé. Ces personnes souhaitent bifurquer ou en ressentent la nécessité vitale et absolue. Or bifurquer c’est créer des savoirs. Quel éclairage magnifique offert par ce livre ! Sortir de la toxicité c’est inventer, transmettre, perpétuer, se ré-approprier des savoirs.

« Ici même, on pose en principe que tout savoir, qu’il soit empirique, parental, artistique, sportif, scientifique, académique ou social, tout savoir sait quelque chose du monde en cela qu’il ajoute quelque chose à ce monde : il sait que ce monde est inachevé, et qu’il faut continuer de le faire advenir. »

Cela ouvre tant de perspectives et de richesses en matière d’accompagnement des bifurcations individuelles et collectives : en éclairant et renforçant les savoirs qui font sens pour l’individu et le groupe, en recherchant ceux qu’il s’agit de se ré-approprier, d’acquérir ou de transmettre… Ce travail de re-capacitation est un merveilleux chantier et la plus belle des rébellions à mes yeux. Toutefois il reste toujours complexe, même si l’on identifie et ré-anoblit notre travail, de trouver le meilleur équilibre ou le moins mauvais déséquilibre travail/emploi. Si le travail permet d’exister dans le sens existentiel du terme, de trouver sa place contributive, c’est l’emploi qui permet de subsister, dans le sens de subvenir à nos besoins matériels. La valorisation du travail n’est pas toujours au rendez-vous du marché de l’emploi et je suis solidaire de tous ceux qui, en bifurquant, doivent trouver chaque jour des solutions d’aligner au mieux moyens de subsistance et expression de leur nécessité d’être.

Bifurquons ensemble !

myriam

Recherche et conseil en design des organisations

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