[Connasse]

Posted By Myriam / 11 mai 2015 / 0 Commentaires

Je vous présente toutes mes excuses pour le titre de cet article mais il m’a semblé nécessaire au vu du propos.

Ce qualificatif délicat est arrivé plusieurs fois à mes oreilles cette semaine par différents biais :

  1. c’est le titre du film avec la désopilante Camille Cottin et ses caméras cachées : « Connasse, princesse des coeurs », dont l’affiche était partout à l’occasion de sa sortie,
  2. c’est le surnom qu’une collègue a donné à l’une de mes stagiaires en gestion des conflits, et donc le matériau d’une des situations que cette personne cherchait à régler lors du stage,
  3. c’est le surnom de ma fille au collège depuis quelque jours à l’initiative d’une ex-amie.

Vous imaginez aisément que le mot a résonné différemment pour moi dans les 3 situations ci-dessus.

Oublions un instant Camille Cottin et penchons-nous sur le cas de cette stagiaire. Cette femme a expliqué sa situation professionnelle en entreprise : elle est en contact avec du public et des collègues d’un autre service qui cotoient eux aussi ce même public. Une de ses collègues a cessé de lui adresser la parole du jour au lendemain et lorsqu’elle a souhaité en connaître la cause, elle n’a obtenu aucune réponse. Les jours passant, ses autres collègues ont commencé à montrer des signes d’hostilité à son égard (lui reprochant des attitudes au travail ou refusant de répondre à ses demandes strictement professionnelles). Elle se retrouve donc totalement isolée professionnellement et de surcroît convoquée à une réunion à l’initiative de la direction de ces deux services, en compagnie de ses collègues. Nous avons donc travaillé la préparation de cette réunion en termes d’objectif, de discours et de posture.

A peine rentrée de cette session de travail, je trouve ma fille en larmes qui m’expose sa sitation, sensiblement équivalente à celle de la stagiaire ci-dessus. Une ancienne amie ne lui adresse plus la parole, soit. Elle la surnomme « connasse », soit. Mais la cause majeure du chagrin de ma fille, c’est que d’autres amies à elle s’éloignent et sont vraisemblablement influencées sans qu’elle n’ait aucun élément de compréhension à cette animosité. Chacune de ses tentatives de communication avec la personne qui vraisemblablement lui en veut se solde par un échec car l’autre tourne ostensiblement les talons sans répondre.

Après avoir calmé la montée de colère et l’envie de coller 2 tartes à la « sale gosse » qui martyrise ma fille chérie (pas facile, je l’avoue…), j’ai été frappée par la similitude entre ces deux situations.

  • Dans les deux cas, je n’ai que le point de vue d’une des protagonistes (l’autre pouvant avoir de son point de vue de bonnes raisons d’avoir été blessée ou déçue ou tout autre sentiment qui amène à considérer l’autre comme une « connasse).
  • Dans les deux cas, l’autre choisit d’éviter le contact et de refuser l’opportunité d’une explication et donc de solutions.
  • Et dans les deux cas l’autre choisit de faire alliance avec d’autres personnes, et ça marche.

Ces exemples illustrent le tristement fameux triangle dramatique mis à jour par Karpman qui pose que dans certaines situations relationnelles on peut rester caricaturalement bloqué dans des rôles qui alternent selon les points de vue : une (ou des ) victime(s), un (ou des) persécuteur(s), un ou des sauveur(s). On peut donc considérer que l’ex amie de ma fille s’est vécue comme victime et à ce titre se comporte aujourd’hui en persécutrice avec le soutien de pairs qu’elle a ralliés à sa cause en agissant sur leur âme de sauveurs. Ce qui laisse finalement à ma fille, si nous restons dans ce schéma, la possibilité de se vivre comme victime et de subir par peur des représailles, de se mettre à persécuter cette personne à son tour, histoire de mériter son titre de « connasse », de fomenter des alliances stratégiques avec des sauveurs potentiels… Ou de sortir du triangle.

La banalité de ces situations du quotidien et la souffrance qu’elles génèrent quel que soit le décor (école, travail…), m’amènent à m’attrister des environnements sociaux que nous produisons (ou perpétuons) qui sont propices à développer plus de rivalité que de coopération. Comment mon besoin de reconnaissance peut-il prendre la forme de « devenir populaire » dans un collège ou « me faire exister » au travail en mesurant ma cote de popularité à la détestation d’un autre que je vais consciencieusement alimenter chaque jour ? Comment mon besoin d’appartenance peut-il se nourrir sans indigestion de nouvelles anecdotes et ricanements au sujet d’un autre ? Comment sortir de ces situations dans lesquelles il est tellement facile de s’enfermer alors que leur toxicité semble évidente pour tous ?

Si les stratégies d’ajustement à ces situations du quotidien sont très personnelles, je suis tout de même touchée par cette question de la reconnaissance en général et j’aimerais contribuer à une meilleure éducation à tout âge de la vie afin que nous ayons une meilleure compréhension et donc la possibilité de choisir en conscience comment nourrir ce besoin vital avec moins d’impact négatif sur soi et son environnement.

 

Pour finir en légèreté, un hommage à LA Connasse qui nous a inspiré des tonnes d’idées de défoulement jubilatoires avec ma fille :http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19551370&cfilm=232095.html

myriam

Recherche et conseil en design des organisations

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