[Crise]

Posted By Myriam / 12 mai 2015 / 0 Commentaires

Je suis née l’année de la crise pétrolière, j’ai vécu ma période d’émancipation et de découverte de la sexualité au moment de l’apparition du SIDA, je suis arrivée sur le marché du travail au moment de la crise de l’emploi, j’ai effectué une transition de carrière (en forme de crise) en même temps que mon baby blues (crise post partum) et me demande si mes enfants feront leur crise d’ado en même temps que ma crise de la quarantaine histoire qu’on rigole un bon coup.

Une infographie du journal le 1 (numéro 45, infographie nommée « la précarité depuis 1973 », http://le1hebdo.fr/numero/45/repres-la-prcarit-depuis-1973-757.html) retrace parfaitement ma biographie d’enfant de la crise et j’ai longtemps vécu tout cela comme une malédiction personnelle. Pas de bol quand même. Ensuite j’ai traversé une phase de culpabilité mâtinée de toute puissance : et si tout cela était de ma faute ? Pour finir aujourd’hui par en faire une spécificité hautement valorisable : à l’heure des experts partout (les experts Miami, à Manhattan, sur les chaînes d’info en continu pour commenter les événements ou non événements en direct, dans les magazines…) je me suis auto-proclamée experte en crises.

Et en y regardant de plus près j’ai une certaine légitimité en la matière, en comptant mes heures de vol à titre personnel, je suis chaque jour plus experte en même temps que plus vieille. En plus de ça j’ai choisi, un peu inconsciemment au départ, d’accompagner les individus et les organisations en crise et je fais ce métier depuis bientôt 10 ans.

Cette expérience en plus des diverses formations que j’ai suivies afin de naviguer plus aisément en temps de crise m’ont permis de porter un regard spécifique sur ces périodes particulières dans la vie d’un individu ou d’un groupe.

 

Ce que l’on nomme crise, au risque de se voir traiter de pessimiste par ceux qui décident (les optimistes) d’y voir une mutation, n’est-il-pas de façon réaliste une période de conflit intérieur et/ou extérieur entre un avant qu’on n’aura plus à l’identique et un après qu’on peine à dessiner ? Bref une période de transition et de perte de repères dans laquelle on peut aisément se vivre comme « lost ». (clin d’oeil au festival organisé par l’organisation OuiShare du 20 au 22 mai dernier à Paris et intitulé « Lost in transition »).

Si l’on s’attelle à analyser les situations de crise ou de mutation dans ces modalités, c’est-à-dire en tâchant d’identifier les zones de conflits, donc de contact entre l’avant qui n’est plus et l’après qui reste à inventer, j’ai constaté à quel point les discussions devenaient riches et créatives. La parole se libère, les émotions acceptées comme naturelles dans de telles circonstances, deviennent une énergie soutenant une créativité nouvelle. On fait des deuils, plus ou moins difficiles, on fait des choix, plus ou moins évidents, on crée donc on vit.

 

Ce que je considérais comme anormal au départ : la crise, devient aujourd’hui à mes yeux un signe de vitalité et de croissance. Et la gestion de crise qui n’est finalement qu’une gestion des conflits intérieurs ou extérieurs, me fait regarder autrement ce que j’ai passé la majeure partie de ma vie à éviter : les conflits.

 

myriam

Recherche et conseil en design des organisations

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